samedi 9 août 2008

Les choses sérieuses commencent.

Jour 3 - aller au premier jour.

6h45 Reykjavik, 7°C temps couvert.

Le réveil est de nouveau difficile, décalage horaire oblige, mais l'excitation liée à l'aventure qui nous attend nous injecte suffisamment d'adrénaline pour avoir la patate. On se prépare rapidement, on enfile nos tenues de montagne fluo... C'est vrai que je ne vous ai pas parlé de nos accoutrements. Réparons cet oubli.
Vincent porte un ensemble Quetchua : maillot synthétique orange hydrophobe et inodore lui permettant d'exprimer sans complexe sa virilité dans l'effort le plus intense, polaire de couleur fluo qui repousse les bûcherons et les ours polaires (sauf les daltoniens et les aveugles mais ces derniers sont moins dangeureux) et enfin un seyant coupe-vent imperméable marron pour rester classe en toute circonstance face aux éléments. En bas, un léger pantacourt et un surpantalon anti-pluie qui tombe avec grâce sur ses chaussures montantes aux crampons démesurés, sa touche "sport". Eugénie, quant à elle, la joue "rebelle", tenue Quetchua et polaire couleur aveuglante également "DDE style" mais par-dessus un véritable K-Way blanc lui permettant de se camoufler dans la neige pendant que son mec se fait bouffer par les ours polaires daltoniens. Enfin en bas, provocation ultime, un pantacourt doté d'extensions qui le prolonge jusqu'à ses chaussures de montagne basses (aussi appelé pantalong - modèle déposé -) qui possèdent également des crampons mais certainement pas aussi "sport" que ceux de Vincent.
Hélas je n'ai pas retrouvé de photos (quel dommage !), il va donc falloir que vous visualisiez la scène mentalement si vous souhaitez, et c'est compréhensible, vous payez notre tête.
[temps laissé à la visualisation...].

Fin prêts, nous quittons la chambre avec tous nos bagages, c'est à dire une valise blindée que nous stockerons au BSI et les deux sacs à dos, qui, je le rappellerai tout au long du récit, pèsent respectivement 10 et 18 kg (si si, ils peuvent prendre quelques kilos d'un post à l'autre). Arrivés à l'accueil de l'hôtel, nous rendons les clés, tout ayant été réglé la veille pour gagner du temps, il ne nous reste plus qu'à piller le buffet de petit déjeuner... je dois porter 20kg !
7h45. Nous prenons le bus et en quelques minutes nous sommes au BSI. Je rappelle que c'est la gare routière d'où partent les principales lignes de bus longue distance.


BSI (Gare routière)

Nous déposons la valise qui restera consignée ici jusqu'à notre retour le 13. Nous patientons tranquillement dans le hall du BSI jusqu'au départ prévu à 8h30. L'unique salle qui sert d'attente aux nombreux touristes est relativement bondée pour cette heure matinale. La multitude de sacs à dos qui jonchent le sol reflète assez fidèlement le profil du tourisme en Islande. Ainsi, lorsque l'on monte dans l'un des deux bus remplis d'étrangers en partance pour Landmannalaugar, le rêve utopique d'évasion, loin de tout, seuls face à face avec la nature, se dissipe légèrement... Et enfin quand on réalise par des bribes de phrases curieusement familières saisies au vol dans le brouhaha de l'autocar que 40% de ces touristes sont français, la désillusion laisse place à la déception. Mais heureusement les paysages sont là pour nous rappeler que nous sommes en Islande ! que c'est une chance extraordinaire, et que si ce pays ne connaissait pas un tel essor du tourisme "nature" nous ne serions pas là. Retour sur terre, nous quittons Reykjavik.


Sud-ouest de l'Islande

Notre destination est Landmannalaugar (voir carte ci-dessus), point de départ du trek qui se termine à Thorsmork (ou Þorsmork). Nous avons prévu 4 jours pour faire cette longue randonnée en autonomie mais nous ne sommes pas fixés sur le programme, nous n'avons donc pas pris le billet retour et prévoyons de l'acheter à notre arrivée à Thorsmork ou éventuellement à Skogar si l'envie nous prend de prolonger le périple.

C'est la première fois que nous sortons de Reykjavik de jour, tout est nouveau pour nous. Nous restons ébahis, les yeux grand ouverts admirant le spectacle qui nous est offert lieue après lieue, ne sachant où donner de la tête (oui je suis le dernier blogger à utiliser cette unité de mesure). Cependant un peu frustrés de ne pas pouvoir prendre de photos dans de bonnes conditions (je prépare le terrain pour excuser la piètre qualité des prochaines images).
Juste après Reykjavik, nous traversons des champs de lave à perte de vue. Premier constat, contrairement à ce que nous imaginions, un champs de lave n'est pas ici tout noir, plat et lisse tel une coulée (même si cela peut exister ailleurs) mais ressemble plutôt à un amas de roches grises très irrégulières qui aurait bourgeonné puis recouvert de mousse. Je sais que ce n'est pas très parlant ni évident à imaginer mais vous aurez l'occasion de voir beaucoup de photos d'ici la fin du séjour.
Eugénie me fait remarquer de petites masses nuageuses qui se décrochent des massifs environnants, nuages isolés ou fumerolles ? Je ne suis pas convaincu alors on lance les paris, celui qui perd portera le gros sac à dos, avec un peu de chance je me débarrasserai de cette tâche qui m'eut été injustement attribuée sous prétexte que je suis "un homme", la belle affaire.


Nuage ou fumerolle ?

Comme toujours Eugénie avait raison, c'était bien une fumerolle. Les champs de lave maintenant dépassés, les collines qui nous entourent nous narguent : elles recrachent leur fumée, formant des colonnes blanches de vapeur d'eau qui alimentent les nuages gris. Heureusement, le vent est de notre côté et rapidement, un peu avant d'arriver à Selfoss, le ciel se dégage. On peut alors admirer un splendide plateau rocheux, Ingólfsfjall, qui surplombe la ville du haut de ses 551 mètres. Ce genre de formation géologique est très fréquent en Islande, surgissant de nulle part, ces plateaux peuvent culminer jusqu'à 700 mètres, présentant des falaises spectaculaires. [La qualité des photos laisse à désirer mais je vous promets une nette amélioration d'ici la fin de la journée].


Ingólfsfjall


(Toujours) Ingólfsfjall

Le bus fait halte à Selfoss pendant trente minutes afin de collecter quelques nouveaux passagers, nous sortons profiter du soleil que nous n'espérions plus. Mais en sortant c'est la claque, les nuages qui se sont retirés ont laissé la place à un vent glacial. On essaie de se faire une raison : nous sommes équipés pour le trek et le soleil est de la partie donc aucune raison d'avoir froid... nous nous sommes seulement habitués au chauffage dans l'autocar. Quoi qu'il en soit, la température ressentie est proche de zéro, et nous remontons dans le bus sans demander notre reste.
Un doute affreux nous assaillit alors. Sommes-nous suffisamment équipés ? Gelés, tremblotants, enfoncés dans notre siège aussi confortable qu'un siège de bus peut l'être, je sens une immense pancarte lumineuse "TOURISTES" clignoter au dessus de nos têtes. Si nous avons froid maintenant dans le bus et sous le soleil, qu'en sera-t'il sous la pluie et le vent à 1000 mètres d'altitude entourés de glaciers ? Je commence à regretter d'avoir refusé de prendre une deuxième polaire.
Nous observons les autres passagers histoire de trouver des compagnons de galère, chose rassurante dénuée de sens qui toutefois fonctionne à merveille. Ce n'est pas évident à première vue mais il faut admettre qu'à chaque arrêt moins de personnes s'aventurent hors de l'autocar. La majorité semble partager notre crainte du froid, quelques-uns mieux équipés ne se rendent compte de rien, enfin un énergumène se pavane fièrement en short et T-shirt. Pas pour longtemps.

Le coût de déprime dépassé, il faut nous faire une raison, nous avons quatre jours de trek à affronter, on serrera les dents. Et puis ce n'est que quatre jours à souffrir...
Nous repartons avec un peu de retard, et la pause suivante s'effectue à Hella, un petit bled à partir duquel nous quittons la route principale. Eugénie reste dans le bus, je suis contraint de descendre afin de remplir mon rôle de photographe.


Une ferme à Hella


Depuis un pont, entrée de Hella

On repart avec encore plus de retard, nous n'arriverons certainement pas à 12h30 comme prévu. Le bus emprunte une route secondaire, et en Islande secondaire c'est franchement pourri. Le décor change radicalement, les verts pâturages se transforment en sol aride couvert de roches volcaniques, la route est étroite et poussièreuse, cela ne semble pas gêner le chauffeur qui ne ralenti pas pour autant. Nous apercevons à l'est l'imposant volcan Hekla (1488 mètres), la tête dans les nuages et auteur de ce paysage désolé mais fascinant, la "porte d'entrée des Enfers" selon le mythe. Très actif, sa dernière éruption date de 2000, tant de choses à écrire à son sujet... je vous invite à vous rendre sur Wikipedia pour en savoir plus.


Volcan Hekla

L'état de la route se dégrade une nouvelle fois. À présent plus d'asphalte mais un chemin de terre juste assez large pour le bus avec des roches de chaque côté. Inutile d'imaginer pouvoir croiser un autre véhicule, seuls quelques rares espaces sablonneux permettent de s'arrêter temporairement sur le bas-côté. Nous y faisons d'ailleurs une pause, première d'une série de "Photo Stops". Je me sacrifie encore une fois pour prendre quelques photos.


La route (plutôt en bon état ici)


Paysage désolé


Photo Stop: Hekla

Nous repartons, le bus file toujours aussi vite, frôlant de chaque côté les flancs du champs de lave balafré par la route. Le décor change progressivement, le paysage est plus humide : des rivières, des lacs, des collines recouvertes d'un duvet vert.


Colline verte


Rivière

Le temps se gâte, les Photo Stops ont de moins en moins de succès. Bravant le vent et le froid, je risque de perdre un doigt à chaque panoramique. Le chauffeur quant à lui commence à rouler plus prudemment, la route est sinueuse et très pentue. L'excitation atteint son paroxysme lorsque nous apercevons le chemin barré par la rivière : nous allons traverser notre premier gué ! La rivière fait une bonne trentaine de mètres de largeur, profonde d'environ 50 centimètres avec un courant relativement important. Le chauffeur blasé traverse lentement, le véhicule étant adapté à la situation, rehaussé et doté de roues surdimensionnées. Pendant ce temps, les touristes s'exclament, s'agîtent, immortalisent ce moment flashant hystériquement le convoi amphibie qui les précède.


Bientôt arrivés


Chemin difficile

Nous défions ainsi la rivière à plusieurs reprises et arrivons enfin à Landmannalaugar après plus de 4h30 de trajet, il est 13h et des poussières. Nous sommes accueillis par la bruine qui fait son entrée. Nous récupérons en vitesse nos sacs à dos et nous dirigeons vers deux vieux petits bus verts cachés au fond du site qui, d'après le chauffeur du bus, vendent des sandwiches. En effet, vu la météo et l'heure tardive, pas question de perdre du temps à déballer les sacs pour casser la croûte. Par chance il reste tout juste deux sandwiches, accompagnés de deux barres chocolatées et nous voilà partis.
Nous traversons le camping, impressionnés par le nombre de tentes "posées" sur un sol plutôt inhospitalier (oubliez les sardines ici). Le décor cependant est grandiose : d'un côté une chaîne montagneuse aux couleurs pastel et de l'autre un immense champs de lave figé juste derrière le refuge qui signale le début du chemin de randonnée. Le site comporte également une particularité qui mérite le détour : une source d'eau chaude offre aux randonneurs de passage un bain naturel qui avoisine les 40°C. Tentant mais l'idée même de nous dévêtir nous fait frissonner, ce sera pour une autre fois.


Landmannalaugar

Nous arrivons au refuge composé de petits chalets de bois noir munis d'un toit vert. Nous y remplissons nos gourdes et enfilons les pantalons de pluie car les nuages noirs s'amassent et la bruine redouble. J'expose au gardien le trajet prévu, il acquiesce et me rassure sur la météo, je remplis ensuite le registre en indiquant notre parcours, mesure de sécurité pour tous les randonneurs du trek. Nous sommes à présent fin prêts, nous avançons alors vers la coulée de lave qui se dresse devant nous, première épreuve d'une longue aventure.

Parlons un peu du parcours. Le chemin de randonnée part de Landmannalaugar et arrive à Thorsmork, 55km plus au sud. Sur le trajet, trois refuges permettent d'effectuer l'épreuve en quatre étapes relativement égales (voir carte Google Maps ci-dessous). Une extension du trek est possible depuis Thorsmork jusqu'à Skogar, rajoutant 26km et généralement réalisée en 2 étapes, le refuge étant situé à mi-chemin près du col entre deux glaciers.


Nous consacrons quatre jours à cette aventure et tablons sur le programme suivant (par jour) :
  1. Landmannalaugar -> Hrafntinnusker (12km)
  2. Hrafntinnusker -> Hvanngil -> Botnar (2 étapes - 28km)
  3. Botnar -> Thorsmork (15 km)
  4. Thorsmork -> Skogar (2 étapes - 26km)

Profil Landmannalaugar -> Thorsmork

Cependant ce plan n'a rien de définitif est pourra être adapté en fonction de notre condition, de la météo et de nos envies. Le profil général de la randonnée (voir graphe ci-dessus) laisse présager une facilité relative, la seule ascension étant réalisée lors de la première étape, ensuite ce n'est que de la descente ou du plat jusqu'à Thorsmork. L'extension par contre est plus corsée avec un fort dénivelé jusqu'à mi-chemin, suivi d'une longue descente avant d'atteindre Skogar. Nous constaterons par la suite que le profil est très trompeur.


Moutons désabusés

Nous attaquons l'ascension de la coulée de lave sous l'oeil désabusé des moutons, tout en essayant de manger nos sandwiches. L'effort fourni combiné aux sur-pantalons tout juste équipés nous n'avons plus froid, enfin une note positive. Nous sommes rapidement en haut, nous nous retournons et admirons la vue qui ne cessera de s'embellir comme pour nous récompenser après chaque nouvelle épreuve surmontée.
Nous apercevons le camping ainsi que le refuge, en face la vallée par laquelle nous sommes arrivés en bus et aux pieds de la coulée de lave nous devinons, fumant, le bassin naturel d'eau chaude dans lequel quelques randonneurs se risquent. Je finis mon sandwich, peinant à reprendre mon souffle, Eugénie se paye ma tête. Essayez donc de manger tout en portant 25kg sur 200 mètres en pente raide !


Sources chaudes


Refuge et camping

Le chemin est maintenant relativement plat, difficilement visible, serpentant entre les roches sombres qui semblent n'être là que depuis quelques minutes, comme si Dieu venait de labourer le sol (ou tout autre super-héros détenant des pouvoirs assez balèzes). En bordure du sentier, notre attention se porte sur un bloc rocheux pas comme les autres. En nous rapprochant nous y devinons l'empreinte de troncs d'arbres pétrifiés, figés dans la lave solidifiée. Certainement surpris pendant la nuit ils n'ont pu s'enfuir... Vision unique.


Arbres pétrifiés


Sentier accidenté

Le chaos règne, et une nouvelle fois une impression de bout du monde s'installe dans ce décor d'apocalypse assez récurrent en Islande. Le sentiment d'être seuls au monde... quand une famille de Norvégiens nous dépasse, les deux gamines en T-shirt et short fluo mais très fluo, limite radioactif qu'il faut éviter de regarder directement un peu comme une éclipse ou alors au travers d'une radiographie. Le père et la mère suivent, aussi bien équipés pour la montagne (limite en tongs) et nous doublent nonchalamment or s'il est une chose que je déteste particulièrement en montagne c'est bien d'avoir quelqu'un devant. Je ronge mon frein, la petite peut toujours tomber dans une faille, on pourra alors les rattrapper et faire semblant de ne pas comprendre leur langue. Mais mon optimisme est vain, nous sommes encore en début d'après-midi et nombreux sont les touristes qui partent en balade depuis Landmannalaugar. Inutile de lutter contre cet flot d'étrangers qui nous dépasseront sans vergogne pendant les deux prochaines heures le baggage léger et le but proche, nous partons lourds et nous allons loin.

Nous avons enfin vaincu cette coulée de lave et pour nous changer les idées après cet enfer de roches, une magnifique chaîne de montagne se dresse devant nous. Les couleurs qui nous accueillent en ces lieux sont simplement uniques (le temps couvert nous prive hélas d'une belle lumière pour les photos). La paysage est nettement plus vert ici, des fleurs telles du coton tapissent le plateau formant un duvet blanc qui renforce le sentiment de paix que dégage la scène.


Fleurs de coton


Vallée paisible

Ravis par ce spectacle, nous considerons ensuite avec plus de crainte la montagne menaçante qui se dresse à côté et que nous devons, si l'on en croît les panneaux, gravir. Après l'interlude fleuri, les papillons et les oisillons qui chantent, nous nous tournons vers ce pic encore fumant tout juste revenu des Enfers, Islande terre de contrastes. La tâche ne sera pas aisée, la pente est très forte et l'entrée en matière sera brutale.


Fini la rigolade



En avant !


Sinistre ascension

L'ascension se fait lentement et malgré mes nombreux arrêts photo nous commençons à rattrapper les touristes par wagons entiers, c'est toujours bon pour le moral de voir les autres souffrir. À mesure que nous prenons de l'altitude, la vue splendide devient magnifique puis à couper le souffle (au sens propre comme au figuré) d'autant que le soleil commence à se montrer timidement entre deux bruines, révélant de sa lumière ces magnifiques paysages aux couleurs époustouflantes. Nous vous laissons en juger par vous-même.




Les innombrables fumerolles dégagent une forte odeur de souffre et laissent parfois des tâches de couleurs vives sur le sol: rouge, jaune, vert ou blanc. Cette vapeur d'eau qui sort d'à peu près partout donne l'impression que la montagne s'est érigée hier, ce qui à son échelle n'est pas tellement faux. Nous continuons notre ascension, n'hésitant pas lorsque l'occasion se présente à nous asseoir sur des amas de pierres fumantes, l'attraction touristique de la montée. Nous apercevons tout en bas la coulée de lave que nous avons traversée, la vue est surprenante, difficile d'imaginer ce lieu lorsqu'il s'est formé : tremblements de terre, effusion de lave et projections de pierres et de cendres incandescentes... bon on ne va pas traîner Eugénie !



Nous arrivons à bout de la première montagne après une heure, ce qui correspond seulement au quart du parcours de la journée...


Enfin en haut

Le décor change assez radicalement et des paysages très différents se succèdent à mesure que nous avançons, cette diversité est caractéristique de ce trek. Le soleil joue à cache-cache, en fait nous nous déplaçons en même temps que le front nuageux, ainsi derrière nous les montagnes sont magnifiquement ensoleillées tandis qu'un ciel noir nous accompagne fidèlement, déversant continuellement sur nous sa pluie fine.



L'ascension devient moins abrupte, alternant petits plateaux et vallons durement marqués par les glaciers qui y ont creusé des ravines qu'il faut péniblement traverser.




Nous atteignons un second pallier, la température est plus basse et les langues glacières se font de plus en plus nombreuses. Le chemin est également plus difficile avec des pentes raides et un sol instable qui se dérobe sous nos pieds.


Derrière nous


Devant nous

Dur dur..


Pente raide








Nous approchons alors d'une zone d'activité géologique intense si l'on en croit les nombreuses colonnes de fumées qui s'érigent au loin.


Des fumées au loin






Comme si vous y étiez, la vidéo de l'une de ces fumerolles.




Arc-en-ciel

Une fois la zone chaude passée et quelques centaines de mètres d'altitude de plus, nous atteignons un troisième pallier. Une nouvelle fois changement de décor : ici la montagne est pelée, balayée par les vents, seule une myriade de pierres noires brillantes telles des miroirs recouvrent la pente. Je commence à ramasser quelques-unes de ces pierres, un souvenir dont je maudirai le poids pendant 50 kilomètres. Nous repartons. La pluie qui nous harcèle et le soleil qui nous fuit créent un arc-en-ciel nous accompagnant le long de la dure montée.




Derrière nous

Devant... sinistre


Balisage du sentier

Le décor devient sinistre, l'horizon obscur mêle les nuages et le sol très sombres, bien qu'éblouis par les roches qui font miroiter la lumière du soleil. Nous distinguons parfois difficilement les monticules de pierres qui balisent le sentier.



Nous fatiguons et le refuge commence à se faire désirer. En haut de chaque montée, nous espérons voir surgir derrière le refuge mais en vain, l'arrivée est sans cesse reportée au nouvel horizon.
Dans ce décor triste, nous faisons une bien sombre découverte. Telle une balise mais légèrement à l'écart du sentier, une plaque commémorative rappelle aux randonneurs que s'est déroulé ici un tragique accident. En effet, été 2004 un jeune Israélien de 25 ans, surpris par des conditions météorologiques très défavorables est mort de froid à cet endroit. Pendant la préparation du trek j'avais déjà eu connaissance de ce drame mais y être à présent c'est une toute autre chose. Pour information, contrairement à ce que l'on peut lire parfois, le jeune homme n'a pas péri à 200 mètres du refuge, il nous reste en fait encore environ 45 minutes de marche pour l'atteindre.

Interminables, les ascensions se succèdent. Nous traversons de plus en plus régulièrement des glaciers, il ne fait pas chaud mais l'effort nous permet de conserver une température supportable. Cependant, et je ne le mentionne plus, la pluie nous fouette violemment le visage, le vent est glacial et s'engouffre dans la moindre des failles de nos tenues. Nous avons connu plus confortable mais comme on dit : on a rien sans rien.

Enfin, nous arrivons au col et juste derrière nous apercevons le drapeau Islandais... synonyme de refuge. Un sentiment de soulagement nous gagne, nous allons pouvoir retrouver un peu de confort. Enfin un confort tout à fait relatif étant donné qu'il faut monter la tente avant qu'il ne pleuve trop et l'installer sur un sol plutôt inhospitalier.


Refuge Hrafntinnusker

Quelques tentes sont installées mais pas tant que cela, il est tout de même bientôt 18 heures. Une minuscule cabane trône au milieu du terrain, on devine que ce sont les toilettes et qu'elles doivent être très confortables... j'en connais une qui ne se lèvera pas cette nuit. Nous allons au refuge afin de nous signaler et payer pour la nuit. En effet, planter sa tente ici est payant, et sachez que le bivouac (camping sauvage) est interdit.

Nous pénétrons dans le refuge et enlevons nos chaussures, règle primaire de savoir vivre en Islande. Immédiatement je ne vois plus rien, la chaleur excessive de tout bon refuge islandais couvre de buée les verres de mes lunettes. Après quelques minutes je suis de nouveau opérationnel, beaucoup de touristes sont déjà installés et je demande à l'un d'eux où se trouve le gardien. Je monte à l'étage, frappe à la porte de sa chambre, après quelques secondes la porte s'ouvre et une odeur terrible s'en extrait. Je reconnais alors le fumet du poisson séché, un mets plutôt classique et apprécié par ici. Salutations, je demande à tout hasard s'il reste des places dans le refuge. Il vérifie et me répond par l'affirmative.
C'est la meilleure nouvelle de la journée. Si l'on peut éviter de se les peler dehors et manger tranquillement au chaud alors pourquoi pas ? Nous payons par carte bancaire, aussi surprenant que cela puisse paraître ils l'acceptent ! Le gardien fait une empreinte de la carte puis demande un petit autographe et c'est réglé.

Nous nous installons à l'étage, il fait heureusement un peu moins chaud qu'en bas. Nous rencontrons des touristes de toutes origines mais les Italiens sont là en force : un groupe entier occupe le rez-de-chaussée et squatte les cuisines par la même occasion. À côté de nous des Espagnols que nous saluons dans leur langue, ils nous prendront alors pour des compatriotes jusqu'à la fin. Des Français également, des Anglais, des Norvégiens, des Allemands, de tout et essentiellement des Européens.

Nous pouvons enfin souffler, nous réchauffer, faire sécher nos affaires... un repos inespéré. Nous avons marché à une moyenne de 3km/heure aujourd'hui, ce qui s'avèrera être la règle les prochains jours. Le refuge de ce soir est situé au point le plus haut du trek, de manière générale nous n'allons que descendre jusqu'à Thorsmork. Demain nous prévoyons de faire plus du double en terme de distance or aujourd'hui, même si nous n'étions pas encore sur la réserve, l'étape fut relativement dure.

Nous mangeons. Ce soir au menu, comme tous les soirs d'ailleurs : pâtes et bouillon de poule, saucisson, fromage et fruits séchés, avec l'accès à la cuisine du refuge on se sent comme à la maison (comparé à l'option tente, dehors).
Nous faisons la connaissance d'un couple de Français qui viennent de Pouzac (Hautes-Pyrénées), le monde est décidément petit. Ils ont prévu de faire à peu près comme nous, c'est à dire joindre Thorsmork en trois jours puis éventuellement prolonger jusqu'à Skogar. Nous nous recroiserons sans doute.

Sur ce, nous décidons de nous coucher.. dormir est une autre affaire entre les Italiens légèrement criards, les ronflements, la chaleur et la lumière qui entre par les fenêtres dénuées de volets. Il est 22h00, je prends quelques notes de la journée sur mon calepin et nous fermons les yeux en souhaitant que le marchand de sable passe dans le coin.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Passionnant ! Comme d'habitude ou peut-être....... mieux que les autres fois, grâce aux photos, aux cartes et à la vidéo (idée géniale), on s'y croirait !!

Anonyme a dit…

Toujours aussi intéressant ... on devine une motivation à toute épreuve malgré, et cela n'est pas visible sur les photos, des conditions difficiles (pourvu que ça dure pas ..)
Mais j'y repense .... vous avez des nouvelles du chat?

Anonyme a dit…

toujours trés intéressant mais à quand la suite..?????? prévue il me semble en octobre..mais peut-être encore la fatigue du voyage...ou le chat qui a encore fait des siennes..!!!!!

Anonyme a dit…

Hélas, le temps me manque et je suis le premier à regretter la faible progression de ce blog... peut-être pour vous faire ressentir la longue et lente marche que nous avons dû affronter ou peut-être pas.
En réalité j'écris beaucoup en ce moment mais c'est ma thèse que je rédige, bientôt ce sera fini et je pourrai me reconsacrer à 64degrés, certainement début 2009.