19:03 France, 28°C temps couvert.
Je rentre un peu plus tôt du boulot (j'ai pris ma journée par conscience professionnelle), je récupère Eugénie et les valises qui sont prêtes depuis la veille (juste les valises) et nous partons avec deux sacs à dos de respectivement 18 et 10 kilos et une valise de 20, au gramme près. Le pesage réalisé avec précision, nécessita l'achat -- jusqu'alors inutile -- d'un pèse-personne. Les modèles modernes sont fort distrayants, ils savent estimer la masse de graisse du sujet évalué avec une précision redoutable; d'autant qu'elle est invérifiable. Quoi qu'il en soit, nous avons pu gaver nos bagages en toute confiance, évitant une mauvaise surprise au check-in : à 15€ le kilo supplémentaire, il vaut mieux surveiller leur alimentation. A noter que notre nouvelle balance "intelligente" requiert un profil pour chaque nouvelle "personne" pesée. En l'absence de mode "valise", nous avons bien été contraints d'en créer un pour chacun de nos bagages. Afin de renseigner l'âge nous avons pu retrouver la facture mais ce fût plus délicat en ce qui concerne le sexe... nous avons finalement décidé d'indiquer "mâle" pour le sac et "femelle" pour la valise. L'avantage, s'il en est un, est que l'on pourra suivre leur poids d'un voyage sur l'autre.
Parlons un peu du contenu de ces bagages. Majoritairement des affaires de randonnée : habits légers, chauds, imperméables et fashion, chaussures; du matériel de camping : sacs de couchage, tapis, tente, couverts, réchaud, micro-ondes, etc; et de la nourriture car on ne sait pas encore ce que l'on trouvera là-bas (judicieux a posteriori) : pâtes, fruits secs, barres de céréales, café, thé... à savoir qu'il est interdit d'importer certains produits frais tels que de la viande, du fromage, des fruits et que le reste est limité à hauteur de 3kg par personne. Pour finir, les bagages comportent évidemment des habits "normaux" afin de sortir dans la capitale sans trop se faire remarquer et le classique nécessaire de voyage avec entre autres une trousse de toilette, un appareil photo, des mots fléchés et quelques altères.
Nous voilà donc en route (voiture d'un ami puis RER), c'est un peu tôt pour un avion qui ne partira qu'à 22h30 mais l'aéroport est tout de même à 1h30 de chez nous, sans compter l'enregistrement une heure à l'avance et la bonne marge anti-stress. Je prends mes précautions car Eugénie n'aime pas du tout l'avion et a tendance à beaucoup trop stresser. Pourtant on est à l'heure et on attrape le bon train qui nous fera traverser Paris en 1 heure jusqu'à l'aéroport.
Assis dans le RER, nous occupons la moitié du wagon avec nos sacs volumineux, il fait chaud. On attire la curiosité des Parisiens qui sortent du boulot en chemise froissée après une journée de labeur; notre équipement hors norme ou ma sudation exagérée ? A vrai dire je suis habillé pour l'hiver, au sens propre. Eugénie a prévu un pull dans son sac à dos, j'ai préféré partir en tenue d'été islandais (11°C en moyenne). J'enlève discrètement ma polaire, je verrai plus tard pour le bonnet.
- "Mince ! Eugénie, tu as pensé à remplir le bol du chat ?!!"
- "Euh... non"
Normal, on a pas de chat. Mais je peux ainsi estimer son degré d'anxiété en fonction de son temps de réponse. Elle est belle quand elle est tendue. L'idée même de prendre une compagnie aérienne à bas coûts (en l'occurrence Iceland Express) ne la rassure pas particulièrement. Pourquoi un tel choix ? Disons que l'aller-retour pour deux coûte environ 850€ contre 1500€ avec la compagnie classique Icelandair.
On arrive à l'aéroport, direction le Terminal 3 de Roissy-Charles De Gaules, le Terminal des pauvres (de manière très relative), car réservé aux vols low cost. Après sept minutes de marche nous atteignons un grand hangar dont l'enfilade de guichets le long du mur de tôle suggère qu'il s'agit du fameux Terminal 3. Deux heures avant le décollage, nous sommes surpris de voir de longues files d'attente en face des guichets pour Reykjavik. Une bonne demie heure afin d'en venir à bout, mais il y a pire à côté où des voyageurs s'enregistrent pour Tunis, départ normalement prévu à 16h45. Il est 21h25.
Je vous passe la quinzaine de minutes perdues à faire la queue devant la mauvaise porte (pour info la porte B est légèrement cachée au fond du hangar à gauche). Une fois sur le quai, on nous informe que le vol a un léger retard, environ trente minutes. Au loin des hurlements provenant de la porte A où les passagers en direction de Tunis commencent à s'impatienter. On ressent la fatigue, la journée a été longue et n'est pas encore terminée : 3h30 de vol qui se profilent à l'horizon.
Un bus vient nous chercher, la nuit est tombée, il pleut légèrement. Nous arrivons enfin à l'avion, Eugénie, extrêmement belle, l'inspecte minutieusement et une curiosité extraordinaire l'envahit. Dès lors et jusqu'à l'atterrissage, je suis submergé de questions remettant en cause la normalité des choses qui nous entourent.
-"C'est normal qu'il mette tant de temps à décoller ?"
-"Il doit certainement attendre l'autorisation de la tour de contrôle."
-"Et ce bruit c'est normal ?"
-"Oui c'est le moteur."
-"C'est normal que l'avion penche ?"
-"Oui c'est comme ça qu'il change de direction."
-"Et c'est normal que l'hôtesse n'enlève pas sa ceinture ?"
-"Oui parce qu'on va s'écraser... Non je déconne." (Penser à ne plus refaire cette blague.)
Enfin bref, maintenant je finis par étudier la mécanique de l'avion avant de monter à bord, histoire de pouvoir répondre à son interrogatoire et ne pas baliser à mon tour. A vrai dire, je ne suis pas particulièrement à l'aise en avion mais je suis suffisamment occupé auprès de ma moitié.
Une fois les portes de l'avion closes, nous sommes déjà ailleurs. Outre le nombre important de passagers islandais, les hôtesses ne parlent pas un mot de français. Elles entament leur chorégraphie des consignes de sécurité en islandais et théoriquement en anglais... je suppose car nous n'avons pas capté un traître mot, j'espère qu'elles n'ont rien dit d'important tel que : "... ne touchez surtout pas au bouton rouge situé près du hublot...". J'ai vérifié, aucun souci avec ce bouton-là.
Low cost cela veut dire entre autres que rien n'est servi gratuitement dans l'avion. C'est ainsi que nous avons expérimenté notre premier contact avec un Islandais : un vrai fiasco. Cinq minutes pour acheter une petite bouteille d'eau à 1€ (l'hôtesse a peut-être laissé tomber car nous avons payé 2€ au retour). Les contacts suivants seront plus faciles.
Le trajet est long, sans autre paysage que la nuit mais après deux heures de vol, l'obscurité est lentement chassée de l'horizon et une clarté crépusculaire s'impose. Puis on commence à apercevoir l'Ile inconnue, entièrement obscure, qui nous dévoilera quelques uns de ses secrets dans les semaines à venir. On amorce la descente, on commence à distinguer au loin Reykjavik et en dessous de nous Keflavik. Entre les deux une fine chaîne de lumière dorée les unit. On devine la route ainsi dessinée par l'unique éclairage perceptible entre ces deux villes distantes d'une quarantaine de kilomètres. On aperçoit le ciel légèrement éclairé derrière les nuages sombres, le soleil timide semble attendre sans jamais se montrer. L'horizon orangé devient vert puis bleu et s'assombrit définitivement vers le zénith.
L'avion se pose en douceur, nous sommes enfin sur la terre ferme. Je règle ma montre, ses 2h20 deviennent 0h20; ce n'est plus l'heure de dormir ! Bien qu'international, Keflavik est un petit aéroport comparé à CDG et tout y est plus facile. Nous récupérons nos bagages et passons la douane (rien à déclarer à part 24 barres de céréales). Nous trouvons rapidement le guichet qui vend les tickets de bus pour Reykjavik, par chance celui-ci accepte les euros (comme dans beaucoup d'autres endroits d'ailleurs) donc inutile d'acheter immédiatement des couronnes islandaises (la monnaie locale, 100isk = 0.82€). Nous sautons dans le bus et j'indique au chauffeur à quel hôtel nous descendons, il est 0h30, encore 40 minutes pour rejoindre la capitale. Il ne pleut pas et la température n'est pas très basse (~8°C) mais le vent souffle pas mal.
Nous arrivons à la gare routière de Reykjavik, la fameuse BSI, centre névralgique de la capitale lorsque l'on est sans voiture; nous aurons l'occasion d'y retourner de multiples fois durant notre séjour. Nous montons dans une navette qui dessert quelques hôtels des environs. Après de multiples détours dans la ville déserte, nous sommes les derniers à être livrés.
Enfin arrivés. Le réceptionniste de l'hôtel Klopp était prévenu de notre arrivée tardive, nous montons sans traîner dans la chambre. Il y fait un peu frais, je ferme la fenêtre et je tire les rideaux (pas de volets en Islande); j'allume le chauffage sans être convaincu qu'il fonctionne. Le grand lit est uniquement garni de deux mini couettes, larges d'environ 90 cm chacune. Nous supposons que c'est typiquement islandais, nous espérons surtout ne pas avoir froid. Nous nous couchons, exténués, il est 3h00 (5h00 en France).
Demain sera une longue journée, beaucoup de choses à découvrir et à préparer pour le trek qui débutera le lendemain.
Parlons un peu du contenu de ces bagages. Majoritairement des affaires de randonnée : habits légers, chauds, imperméables et fashion, chaussures; du matériel de camping : sacs de couchage, tapis, tente, couverts, réchaud, micro-ondes, etc; et de la nourriture car on ne sait pas encore ce que l'on trouvera là-bas (judicieux a posteriori) : pâtes, fruits secs, barres de céréales, café, thé... à savoir qu'il est interdit d'importer certains produits frais tels que de la viande, du fromage, des fruits et que le reste est limité à hauteur de 3kg par personne. Pour finir, les bagages comportent évidemment des habits "normaux" afin de sortir dans la capitale sans trop se faire remarquer et le classique nécessaire de voyage avec entre autres une trousse de toilette, un appareil photo, des mots fléchés et quelques altères.
Nous voilà donc en route (voiture d'un ami puis RER), c'est un peu tôt pour un avion qui ne partira qu'à 22h30 mais l'aéroport est tout de même à 1h30 de chez nous, sans compter l'enregistrement une heure à l'avance et la bonne marge anti-stress. Je prends mes précautions car Eugénie n'aime pas du tout l'avion et a tendance à beaucoup trop stresser. Pourtant on est à l'heure et on attrape le bon train qui nous fera traverser Paris en 1 heure jusqu'à l'aéroport.
Assis dans le RER, nous occupons la moitié du wagon avec nos sacs volumineux, il fait chaud. On attire la curiosité des Parisiens qui sortent du boulot en chemise froissée après une journée de labeur; notre équipement hors norme ou ma sudation exagérée ? A vrai dire je suis habillé pour l'hiver, au sens propre. Eugénie a prévu un pull dans son sac à dos, j'ai préféré partir en tenue d'été islandais (11°C en moyenne). J'enlève discrètement ma polaire, je verrai plus tard pour le bonnet.
- "Mince ! Eugénie, tu as pensé à remplir le bol du chat ?!!"
- "Euh... non"
Normal, on a pas de chat. Mais je peux ainsi estimer son degré d'anxiété en fonction de son temps de réponse. Elle est belle quand elle est tendue. L'idée même de prendre une compagnie aérienne à bas coûts (en l'occurrence Iceland Express) ne la rassure pas particulièrement. Pourquoi un tel choix ? Disons que l'aller-retour pour deux coûte environ 850€ contre 1500€ avec la compagnie classique Icelandair.
On arrive à l'aéroport, direction le Terminal 3 de Roissy-Charles De Gaules, le Terminal des pauvres (de manière très relative), car réservé aux vols low cost. Après sept minutes de marche nous atteignons un grand hangar dont l'enfilade de guichets le long du mur de tôle suggère qu'il s'agit du fameux Terminal 3. Deux heures avant le décollage, nous sommes surpris de voir de longues files d'attente en face des guichets pour Reykjavik. Une bonne demie heure afin d'en venir à bout, mais il y a pire à côté où des voyageurs s'enregistrent pour Tunis, départ normalement prévu à 16h45. Il est 21h25.
Je vous passe la quinzaine de minutes perdues à faire la queue devant la mauvaise porte (pour info la porte B est légèrement cachée au fond du hangar à gauche). Une fois sur le quai, on nous informe que le vol a un léger retard, environ trente minutes. Au loin des hurlements provenant de la porte A où les passagers en direction de Tunis commencent à s'impatienter. On ressent la fatigue, la journée a été longue et n'est pas encore terminée : 3h30 de vol qui se profilent à l'horizon.
Un bus vient nous chercher, la nuit est tombée, il pleut légèrement. Nous arrivons enfin à l'avion, Eugénie, extrêmement belle, l'inspecte minutieusement et une curiosité extraordinaire l'envahit. Dès lors et jusqu'à l'atterrissage, je suis submergé de questions remettant en cause la normalité des choses qui nous entourent.
-"C'est normal qu'il mette tant de temps à décoller ?"
-"Il doit certainement attendre l'autorisation de la tour de contrôle."
-"Et ce bruit c'est normal ?"
-"Oui c'est le moteur."
-"C'est normal que l'avion penche ?"
-"Oui c'est comme ça qu'il change de direction."
-"Et c'est normal que l'hôtesse n'enlève pas sa ceinture ?"
-"Oui parce qu'on va s'écraser... Non je déconne." (Penser à ne plus refaire cette blague.)
Enfin bref, maintenant je finis par étudier la mécanique de l'avion avant de monter à bord, histoire de pouvoir répondre à son interrogatoire et ne pas baliser à mon tour. A vrai dire, je ne suis pas particulièrement à l'aise en avion mais je suis suffisamment occupé auprès de ma moitié.
Une fois les portes de l'avion closes, nous sommes déjà ailleurs. Outre le nombre important de passagers islandais, les hôtesses ne parlent pas un mot de français. Elles entament leur chorégraphie des consignes de sécurité en islandais et théoriquement en anglais... je suppose car nous n'avons pas capté un traître mot, j'espère qu'elles n'ont rien dit d'important tel que : "... ne touchez surtout pas au bouton rouge situé près du hublot...". J'ai vérifié, aucun souci avec ce bouton-là.
Low cost cela veut dire entre autres que rien n'est servi gratuitement dans l'avion. C'est ainsi que nous avons expérimenté notre premier contact avec un Islandais : un vrai fiasco. Cinq minutes pour acheter une petite bouteille d'eau à 1€ (l'hôtesse a peut-être laissé tomber car nous avons payé 2€ au retour). Les contacts suivants seront plus faciles.
Le trajet est long, sans autre paysage que la nuit mais après deux heures de vol, l'obscurité est lentement chassée de l'horizon et une clarté crépusculaire s'impose. Puis on commence à apercevoir l'Ile inconnue, entièrement obscure, qui nous dévoilera quelques uns de ses secrets dans les semaines à venir. On amorce la descente, on commence à distinguer au loin Reykjavik et en dessous de nous Keflavik. Entre les deux une fine chaîne de lumière dorée les unit. On devine la route ainsi dessinée par l'unique éclairage perceptible entre ces deux villes distantes d'une quarantaine de kilomètres. On aperçoit le ciel légèrement éclairé derrière les nuages sombres, le soleil timide semble attendre sans jamais se montrer. L'horizon orangé devient vert puis bleu et s'assombrit définitivement vers le zénith.
L'avion se pose en douceur, nous sommes enfin sur la terre ferme. Je règle ma montre, ses 2h20 deviennent 0h20; ce n'est plus l'heure de dormir ! Bien qu'international, Keflavik est un petit aéroport comparé à CDG et tout y est plus facile. Nous récupérons nos bagages et passons la douane (rien à déclarer à part 24 barres de céréales). Nous trouvons rapidement le guichet qui vend les tickets de bus pour Reykjavik, par chance celui-ci accepte les euros (comme dans beaucoup d'autres endroits d'ailleurs) donc inutile d'acheter immédiatement des couronnes islandaises (la monnaie locale, 100isk = 0.82€). Nous sautons dans le bus et j'indique au chauffeur à quel hôtel nous descendons, il est 0h30, encore 40 minutes pour rejoindre la capitale. Il ne pleut pas et la température n'est pas très basse (~8°C) mais le vent souffle pas mal.
Nous arrivons à la gare routière de Reykjavik, la fameuse BSI, centre névralgique de la capitale lorsque l'on est sans voiture; nous aurons l'occasion d'y retourner de multiples fois durant notre séjour. Nous montons dans une navette qui dessert quelques hôtels des environs. Après de multiples détours dans la ville déserte, nous sommes les derniers à être livrés.
Enfin arrivés. Le réceptionniste de l'hôtel Klopp était prévenu de notre arrivée tardive, nous montons sans traîner dans la chambre. Il y fait un peu frais, je ferme la fenêtre et je tire les rideaux (pas de volets en Islande); j'allume le chauffage sans être convaincu qu'il fonctionne. Le grand lit est uniquement garni de deux mini couettes, larges d'environ 90 cm chacune. Nous supposons que c'est typiquement islandais, nous espérons surtout ne pas avoir froid. Nous nous couchons, exténués, il est 3h00 (5h00 en France).
Demain sera une longue journée, beaucoup de choses à découvrir et à préparer pour le trek qui débutera le lendemain.




4 commentaires:
Un premier récit très agréable à lire, bien écrit et avec beaucoup d'humour (fidèle à l'auteur !).
J'attends avec impatience la suite.
Désolé c'est avec pas mal de retard que je découvre ton blog .... ça commence très bien, j'ai bien aimé le coup du chat ...
Franchement Sympa votre récit. J'ai bien aimé tes basses moqueries sur les angoisses d'Eugénie en Avion on sent bien que tu apprécie ton rôle de mâle protecteur. Par contre ne te moque des passagers en partance pour le Maghreb, ce n'est jamais facile et par expérience les fil d'attente pour Tunis sont beaucoup plus disciplinées que d'autres...(je ne cite pas de nom).
Au sujet des passagers en partance pour Tunis, je trouve lamentable qu'un vol puisse avoir autant de retard.. C'est pas permis d'attendre autant, on se croirait aux urgences !
Enregistrer un commentaire